L’agriculture durable

L’Agriculture durable ou intensification durable des cultures permet : «de produire davantage à partir d’une même superficie de terres cultivables, tout en réduisant les retombées environnementales négatives et en augmentant les apports au capital naturel ainsi que le flux de services environnementaux.» (FAO, 2011).

En ce sens, elle permet de produire PLUS avec MOINS. Moins d’eau, moins de terre et moins d’énergie fossile.

Plus qu’une simple révolution technologique, l’Agriculture durable impose un changement de paradigme, puisque la mise en place de l’agriculture de 2050 va notamment se traduire par la reconnaissance de l’approche écosystémique[1]. Cette nouvelle façon de penser peut se résumer par ce commentaire issu de l’enquête "L’Agriculture durable et vous" publié par l’IAD (Novembre 2012) : «Répondre à des problèmes environnementaux, sociaux et alimentaires, en diminuant l'impact de l'agriculture intensive, c'est aussi reprendre les commandes du métier d'agriculteur ».

Dans cette optique, les agriculteurs ne sont plus des exploitants mais redeviennent des fermiers, replaçant l’agronomie au cœur de leur système de production.

En outre l’Agriculture Durable a également un impact positif sur les relations sociales puisqu’elle génère un gain de temps du au changement des pratiques agricoles, notamment dans le travail du sol. On constate que le gain de temps obtenu favorise l’entraide entre les agriculteurs et le transfert de bonnes pratiques.

 

L'agriculture de conservation des sols

En 2007, le Parlement européen a demandé à la Commission européenne de mettre sur pied un projet pilote portant sur "l'agriculture et la conservation des ols durables à travers les techniques culturales simplifiées" (projet SoCo).

Ce projet défini l'agriculture de conservation comme un ensemble de pratiques agricoles complémentaires :

  • perturbant au minimum le sol afin de préserver sa structure, la faune du sol et la matière organique
  • couverture permanente du sol (cultures de couverture, résidus et mulch) pour protéger le sol et coçntribuer à l'élimination des mauvaises herbes
  • rotations des cultures diversifiées et associations de culture qui favorisent les micro - organismes du sol et stoppent le développement des organismes nuisibles aux végétaux.

L'agriculture de conservation vise à relancer la production agricole en optimisant l'utilisation des ressources agricoles et en aidant à réduire la dégradation généralisée des terres par une gestion intégrée du sol, de l'eau et des ressources biologiques disonibles, combinée à des apports externes.

Selon une note de synthèse issu du projet SoCo, l'agriculture de conservation comprend habituellement les étapes suivantes :

  • Première phase : le labour du sol est arrêté, et des techniques avec du travail du sol réduit ou sans labour sont mises en oeuvre pour le remplacer. Au moins un tiers de la surface du sol doit rester couvert de résidus de cultures, et des cultures de couverture doivent être introduites suite à la récolte de la culture principale. Des pulvérisateurs à disques, des herses à dents rigides ou des herses rotatives sont utilisés. un réduction des rendements peut être enregistrée.
  • Seconde phase : Une amélioration naturelle des conditions du sol et de la fertilité se produit grâce à la matière organique provenant de la dégradation naturelle des résidus. Mauvaises herbes et nuisibles tendent à augmenter et doivent être contrôlés par voie chimique ou par d'autres moyens.
  • Troisième phase : Une diversification de l'éventail des cultures (rotation des cultures) peut être introduite. L'ensemble du système se stabilise progressivement. 
  • Quatrième phase : Le système agricole atteint un équilibre et les rendements peuvent s'améliorer par rapport à une agriculture conventionnlle. Cette situation réduit la nécessité de recourir aux produits chimiques pour contenir les mauvaises herbes et nuisibles, ou pour compléter la fertilité.

Le système ne convient pas à des sols tassés, qui peuvent d'abord nécessiter un ameublissement.

 

Sur quelles thématiques peut-on agir ? 

Cette nouvelle approche répond à la nécessité de restaurer la fertilité des sols (appauvris par les pratiques de gestion conventionnelle), de limiter leur érosion, de réduire la pollution de l’eau et de lutter contre le réchauffement climatique tout en garantissant un niveau de production satisfaisant pour répondre aux besoins alimentaires de la population mondiale et en maintenant une agriculture compétitive.  Pour relever ce défi, il existe différents leviers qui sont :

  • L'augmentation de la production végétale par unité de surface
  • L'intensification de la captation de CO2 par la photosynthèse
  • La couverture maximale des sols par les cultures et les couverts végétaux
  • La diversification des espèces et des ressources génétiques
  • Le recyclage des nutriments et du  maximum de  biomasse produite par le système agricole
  • La prise en compte de la nécessité de la biodiversité à l’intérieur et à l’extérieur de la parcelle
  • La formation et l’accompagnement des agriculteurs désirant faire évoluer leurs fermes vers un système agricole durable
  • La conception et l’accompagnement à la transition vers des nouveaux systèmes agricoles
  • L’intégration des cultures et du bétail dans le système de culture
  • La production  d’énergie renouvelable
  • L’agroforesterie

Toutefois chaque évolution s’effectue au cas par cas puisque la prise en compte des problématiques du territoire ainsi que les objectifs personnels de l’agriculteur (gain de temps, meilleur résultat net…) sont deux facteurs importants.

 

Convergence avec l’IAD

« L’IAD a pour mission de promouvoir une agriculture productrice d’économie et d’environnement »

Le fonctionnement des écosystèmes - L’Agriculture Durable vise à copier le fonctionnement de l’écosystème naturel en agriculture. A ce titre, il faut se tourner vers l’expérience de nos Anciens et de ces évidences oubliées comme le fonctionnement des écosystèmes. Le fonctionnement naturel des écosystèmes est basé sur un cycle équilibré entre 3 fonctions complémentaires :
  • La plus grande production de biomasse végétale possible dans chaque situation pédoclimatique particulière,
  • Sa consommation par la société, les animaux et la vie du sol
  • Le recyclage par les communautés vivantes du sol en éléments minéraux assimilables

Ce cycle – Produire, Consommer, Recycler – dans lequel le sol constitue une véritable entité de recyclage, est le seul capable de générer un développement durable des écosystèmes et de l’agriculture.

L’agriculture durable repose sur le principe de Lavoisier (1789) : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

L’écosystème comme modèle pour un puits de carbone - En tant que producteur de biomasse végétale, l’agriculteur est en interaction permanente avec la nature. Pour construire une agriculture durable, c'est donc à lui de produire un maximum de biomasse, de la gérer au mieux dans la phase de consommation, d'en assurer le recyclage optimum pour stocker un maximum de carbone dans les sols, gage de fertilité et de durabilité.
Adopter des techniques favorables aux puits de carbone

Ces techniques en cours de développement, notamment par la recherche en agroécologie, se réfèrent  à trois principes ayant un effet bénéfique sur la production végétale, le stock de matière organique et la santé des sols :

  • La couverture permanente des sols
  • L’absence de travail mécanique
  • La maximisation et la diversité des entrées de biomasse

Depuis sa création, l’Institut de l’Agriculture Durable (IAD) travaille à évaluer l’impact de ces changements par l’identification et l’utilisation d’indicateurs capables de mesurer le résultat des pratiques agricoles sur les services écologiques et les critères de durabilité.

Le développement de pratiques agricoles fournissant des services écologiques par le biais de la construction des puits de carbone doit être prioritaire dans nos actions en regard des bienfaits qu’ils rendent à la société. Nous avons toutes les cartes en main pour permettre à l’agriculture de répondre aux grands défis alimentaires, énergétiques, et climatiques de demain (tout en maintenant sa viabilité économique). Les techniques sont disponibles, des indicateurs permettent de  mesurer des résultats et d’identifier les meilleures pratiques, la formation et l’accompagnement ainsi que  la mise en commun d’outils existants facilitent le développement et  le suivi, … il ne reste plus qu’à accepter de relever ensemble le défi !

« Si tu as une pomme, que j’ai une pomme, et que l’on échange nos pommes, nous aurons chacun une pomme. Mais si tu as une idée, que j’ai une idée et que l’on échange nos idées, nous aurons chacun deux idées. » George Bernard Shaw.

Il est important de repenser la protection du sol et la restauration de sa fertilité ainsi que l’intérêt d’accroître son taux de matière organique par le développement de la couverture végétale et de l’activité biologique qui entraîneront la protection de l’eau.

 




[1] Approche écosystémique : « Cette approche consiste essentiellement à utiliser des intrants tels que la terre, l’eau, les semences et les engrais comme complément des processus naturels qui soutiennent la croissance des espèces végétales, y compris la pollinisation, la régulation naturelle des populations de ravageurs par leurs prédateurs et l’action des biotes du sol qui aident les plantes à accéder aux nutriments ». (FAO, 2011)